C’A L’AIR DE RIEN SALAIRE DE RIEN Ç ‘a l’air de rien, mais une nouvelle fois le p’tit TYKO, comme ça, mine de rien, en sous-sol,dans les caves, nous projette son art, à la limite, comme dit Dubuffet, du barbouillage le Plus immonde, le plus misérable, et du petit miracle. Ç’a l’air de rien, mais on y trouve tout ou presque. On y trouve sa première période, avec un graphisme simple ; de grands aplats aux teintes vives, aux bleus et aux verts, peints en bleu et en verte, chatoyants ; de gros personnages fantastiques aux yeux ronds caverneux et effarés, affrominables et abomiffreux, qui semblent baigner sereinement dans un monde aquatique. On y trouve aussi sa deuxième période, celle qui se caractérise par une accumulation de personnages bizarres : Un monde fœtal, placentaire, chorionique, utérin, fait d’embryons vivipares, de cavités amniotiques, de chairs étranges, de membranes, de liquides et d’yeux. Enfin sa troisième période, la plus récente, celle qui a peut-être le plus de force et dans laquelle se juxtaposent des mosaïques, des intérieurs et des extérieurs criblés de petits personnages, surlignés de longs traits qui serpentent. Une vision séparatiste du monde qui témoigne d’une composition plus rigoureuse, plus serrée, plus étouffante et plus angoissée qu’à l’accoutumée. On peut y voir en outre quelques exemplaires de personnages en relief, bedonnants, barbouillés, gynéco mastique, avec introduction, ç’a l’air de rien, d’objets glanés, n’importe ou. Mais quelle que soit la période à laquelle appartiennent les personnages Tykoczinsiens, ou les scènes Tykoczinskiennes, nous retrouvons toujours ses pantins gynandromorphismes et boulimiques à la fois ; ses gros messieurs zyeuteurs et concupiscents ; ses personnages interloqués interlopes ; ses jeunes filles catastrophes et calamiteuses ; ses chats- nounours crêtés de rouge ; ses bébêtes qui sont gaga, qui sont cucubales, qui sont nigaudes, ses bébêtes qui montent, qui montent et qui dérapent, nues, dans des sirops de fraise. Ses voyages fantastiques de familles entières qui se laissent aller et se saluent dans un salon esseulé ; ses grands bonjours à Mesfames les Indirmiéres ; ses diaboliques diablotins diantrement couronnés ; ses jus d’orange lipoïdiques et liposolubles ; ses yeux liquidiens et liquoreux, teintés de rouge ; ses liaisons air-mer-terre et mer-air-terre avec ses locomotives affamées, ses grands hélicos hélicoporteurs et ses bateaux à vapeur ; ses images télévissées sur des grands écrans télévisseurs ; ses machines techno-pas-logiques et donc très zazardeuses ; ses trains pas très en train qui s’ennuages quand il volent ; ses personnages interposés et en ébullition ; ses nuits louches, avec bien sûr, comme invités, Monsieur Bollock, les sœurs d’Ernest, Line et le petit Phil, la lapine Olivia et tous les petits Bradley, ses vrais amis, ses faux-semblants, ses nuages rieurs, ses fraises géantes, ses léopards et sa chaude lumière de midinette, de cousette, de modiste et de trottinette. Ç’a l’air de rien, mais ça dit beaucoup de choses. Car tout ce petit monde que nous observons nous observe en réalité. Regardez donc ! Il y a des yeux partout, des yeux qui nous scrutent, des yeux qui nous regardent, hébétés, souvent réprobateurs. Des yeux qui nous grondent, des yeux qui nous zyeutent qui sont ici, qui sont là, qui rient de nous, qui se gaussent, qui raillent, qui blaguent, qui brocardent, qui nous persiflent, qui nous plaisantent, qui nous critiquent, qui nous ironisent, qui nous satirisent… Ç’a l’air de rien, tout ça. Ça l’air de rien, mais si c’était vrai, nous, nous aurions l’air un peu ridicules… Nous aurions l’air de rien, nous serions même pas épargnables ! Non ! Rassurez-vous ! C’est une blague ! Une galéjade, une diablerie Tykoczinskienne. Non ! Ce salaire de rien, ce n’est pas Salaire de la peur, ce n’est pas non plus Bon air de la campagne, encore moins Salaire de Président-Directeur Général, hélas ! Salaire de rien ! Ah ! ç’a l’air d’un beau coup, pourtant !
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