« Je peins des mémoires, des émotions »Naissance d’un artiste

Lorsqu’il peint son premier tableau, en 1964 pendant son service militaire, Philippe Mottron
est loin d’imaginer que ce « bête canard de Walt Disney avec un béret militaire sur la tête »
sera en fait la première couleur d’une infinie palette. Pourtant, les arts ont toujours fait partie
de l’univers de cet homme né à Blois en 1944, et qui a passé toute son enfance dans la Maison
Massé (devenue la Maison de la Magie) : « Mon père faisait de l’aquarelle, mon oncle était
professeur de peinture à l’école de Gand en Belgique et si l’on remonte dans la généalogie
familiale, on trouve Pierre Augustin et Jean-Baptiste Massé, graveurs sous Louis XIV à
Versailles. »
Sa femme, diplômée des Beaux-Arts, apportera sa touche au tableau familial et
jouera le rôle de déclencheur de vocation…
« J’avais sous la main des couteaux, des brosses, de la peinture, et j’ai un jour décidé que
puisque je n’avais pas les moyens d’acheter des tableaux, j’allais les peindre moi-même »
explique Philippe Mottron. Son travail sera révélé grâce à l’intervention d’une amie qui
décide de l’exposer. « C’était à Lorrez-le-Bocage-Préaux, en Seine-et-Marne, et j’ai remporté
le premier prix Henri de Raincourt (futur président du Conseil Général de l’Yonne puis
ministre chargé des Relations avec le Parlement), alors maire de Saint-Valérien et président
du SIVOM. Rapidement, j’ai rencontré du monde… »

Des rencontres déterminantes

Philippe Mottron s’installe dans l’Yonne au milieu des années 1980. Le début d’une longue
série de rencontres…
La première est essentielle : Michèle Michaux lui donne « les premières bases de la vraie
peinture »
, qu’il choisit alors figurative. Par son intermédiaire, il fait la connaissance de Jean-
Claude Fiaux, ami de Frédéric Benrath, qui lui fait découvrir le mouvement nuagiste : une
révélation. « C’est à ce moment-là que j’ai compris. J’ai réalisé que la peinture n’était pas
une décoration mais une philosophie, le « corps peintre ». On ne contrôle plus, cela va bien
au-delà des connaissances académiques ou de la volonté du geste… »
Michel de Gallard et Claude Autenheimer entrent très rapidement dans son univers amical et
artistique : « Autant Michel, figuratif, était loin de ma peinture, autant Claude s’en
rapprochait. Les de Gallard ont toujours été derrière moi. »
Dans les années 1990 il rencontre le sculpteur Jean-Louis Vetter, qui lui présente Jacques
Chantarel, critique d’art et peintre lui-même, qui lui présente à son tour Albert Chaminade.
Plus tard, il fait la connaissance de Pierre Saint Paul. Le cercle continue de s’élargir…

Une peinture basée sur « la mémoire émotionnelle »

Philippe Mottron est adepte du mouvement nuagiste. Sa peinture est basée sur « la mémoire
émotionnelle (par opposition à la mémoire visuelle), c’est-à-dire que l’on ne garde plus
d’images ni de couleurs, mais des impressions, des sentiments. Nous produisons des images
intérieures. Chacun observe ensuite quelque chose de différent : certains voient la mer,
d’autres la montagne… On m’a appelé « le peintre des ciels » et pourtant je n’ai jamais peint
le ciel ! Souvent, lorsqu’un tableau est achevé, je me dis qu’il ressemble à quelque chose que
j’ai vu un jour mais je ne peux pas dire quoi. »
Pour cet artiste des émotions, « dans la peinture doit ressortir une sincérité » : « Les gens qui
disent que leur enfant « en ferait autant » ne réalisent pas l’intérêt de cette remarque.
Leur enfant jette sur le papier une émotion bien mieux que quelqu’un qui se contente de
peindre. On ne va pas à l’atelier parce qu’il faut y aller mais parce que l’on a envie de
raconter une histoire avec des couleurs et une toile. Il faut laisser aller son esprit, son corps,
travailler en fonction du désir jusqu’à ce que le tableau arrive. Quelquefois c’est rapide,
quelquefois c’est long, quelquefois le tableau ne sort pas. C’est le corps peintre, pas de
l’artisanat. »

Un éclairage médical pour une lumière idéale

Philippe Mottron travaille avec une glace (« lorsque l’on regarde les choses à l’envers on voit
mieux les défauts »)
et un appareil d’éclairage médical, qui diffuse une lumière régulière (« la
lumière de l’Est à 8 heures du matin au mois de juin »
). Pour voir comment son tableau vivra
chez les autres, il le place ensuite sous différents éclairages : « Je travaille dans une lumière
idéale mais dans une maison le tableau sera soumis à différentes influences. Selon le
phénomène du métamérisme les couleurs changent. »
Impossible par contre de trouver dans son atelier des palettes : il utilise des plaques de marbre
sur lesquelles il dépose les couleurs sortant du tube et travaille sur les toiles. « Ma palette,
c’est mon tableau. En général je travaille quatre ou cinq heures d’affilée et le tableau est
sorti. Ensuite viennent les améliorations, le travail de réflexion. Cet été, j’ai rencontré un
problème avec une toile que je ne parvenais pas à traiter d’un seul coup car la peinture
séchait trop vite ; et à chaque fois je faisais deux ou trois tableaux. Je n’arrivais pas à
l’homogénéiser alors je la reprenais à chaque fois. Heureusement que je peins à l’huile, la
peinture ne doit pas sécher vite. »
Parfois l’artiste a le sentiment que « quelque chose ne va pas ». Commencent alors de longues
heures d’observation… « Je mets le tableau dans le passage de façon à poser un regard fugitif
dessus cinquante fois par jour et je finis par voir. »

Organisateur de manifestations départementales

En 1991, avec le soutien du premier adjoint au maire de Sens Etienne Dodet, Philippe
Mottron organise une exposition, les « Artistes contemporains sénonais », qui rapidement
deviendront les « Artistes contemporains icaunais » (ACI), manifestation soutenue par le
Conseil Général de l’Yonne dont il intègre la direction des Affaires Culturelles en 1995. Son
principe : présenter une trentaine de jeunes artistes (plasticiens, sculpteurs, céramistes, liciers,
photographes — « n’est pas artiste seulement un peintre et il fallait faire reconnaître les
autres »
) lors d’une grande exposition itinérante organisée entre mars et octobre. De 1992 à
2009, les ACI accueilleront en moyenne 20 000 visiteurs chaque année.
En parallèle, Philippe Mottron organise les expositions de prestige du Conseil Général,
initiées à Tonnerre et poursuivies à Avallon (anciens abattoirs et Collégiale Saint-Lazare),
avec à l’affiche Pierre Saint Paul, Tim, Daniel de Spirt, Jacques Chantarel, Albert Chaminade,
Michel de Gallard, Jean-Louis Vetter, Armand Meffre, Claude Autenheimer, Jack Presne…
Son regret : « Ne pas avoir créé l’étage qui manquait entre les ACI et les expositions de
prestige, à savoir une exposition départementale de groupe réservée à la génération
d’artistes de 45 à 55 ans qui a déjà 20 ou 30 ans de peinture derrière elle et que l’on aurait
pu aider à aller plus loin. »
Philippe Mottron est également à l’origine des opérations portes ouvertes d’ateliers d’artistes
créées en 1998 et qui cet été encore ont permis au public de rencontrer une centaine d’artistes
dans l’ensemble du département.
L’exposition : 90 tableaux à la Collégiale d’Avallon
Philippe Mottron passera à l’automne de l’autre côté de la toile, invité par les AffairesCulturelles du Conseil Général de l’Yonne et de la Ville d’Avallon. Après avoir exposé
pendant plus de quinze ans le travail des autres, c’est son propre travail qui sera présenté au
public du 12 septembre au 15 novembre à la Collégiale Saint-Lazare d’Avallon. L’occasion
pour les visiteurs de découvrir en un seul lieu 90 de ses tableaux et de rencontrer cet artiste
généreux et engagé.

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