Sur le sol d’une abstraction symbolique issue des plus anciennes civilisations méditerranéennes, c’est en marge de toute intention représentative que s’inscrivent en Algérie les traditions plastiques berbères et arabes. Contestant dans son « ressourcement » la vision figurative et narrative qu’introduit le colonialisme la « génération des années 30 », à laquelle appartient Aksouh, y cristallise la modernité picturale.

Parmi ces artistes, depuis un expressionnisme tentant d’exorciser les violences de l’histoire jusqu’à l’affirmation identitaire du Signe, un large éventail de tendances distinctes s’affirme d’emblée. C’est à partir de la luminosité du paysage natal que se développera quant à elle la peinture non figurative d’Aksouh, dans la « quête de cette lumière de nacre et de perle qui est celle d’Alger, telle qu’il la découvrait de la petite maison de sa mère sur les coteaux de Belcourt, quartier qui fut aussi celui de Albert Camus enfant », écrira Jean de Maisonseul, conservateur de 1962 à 1970 du Musée d’Alger.
Bologhine, 2006

Mohamed Aksouh naît le 1er juin 1934 à Bologhine (Saint-Eugène) et la Casbah constitue le cadre de son enfance. Apprenti forgeron dès l’âge de quatorze ans, il aborde en 1958 la poterie, la céramique puis la sculpture, en vient ensuite à la gouache, l’aquarelle, et la peinture. En 1962 Aksouh participe à Alger au premier salon de l’Indépendance, à l’exposition des « Peintres algériens » pour les Fêtes du 1er novembre à Alger en 1963, notamment aux côtés de Baya et de Mohammed Khadda, et à Paris en 1964. Après avoir réalisé une première exposition personnelle préfacée par Kaki à la Galerie 54 dirigée par Jean Sénac, Aksouh s’installe en 1965 dans la région parisienne.

Sa peinture, à partir des années 1970, se caractérise par une succession, sous les lumières les plus fines, de larges aplats d’espace, gris bleutés ou ocres blonds. Nulle fuite dans ses toiles mais s’y lèvent comme d’indécis étagements de façades, balcons, toits ou terrasses, volets et portes, étals peut-être de boutiques. Par un labyrinthe de parois ou d’escaliers la lumière s’y réfléchit, s’imprégnant des couleurs blanchies à la chaux des murs qu’elle semble frôler. Ou bien c’est à contre-jour qu’elle s’infiltre, glissant en d’incertains intérieurs sur des entassements diaphanes d’objets, rayons ou piles de livres. L’ébauche d’un sol y éveille des embrasures, des silhouettes diffuses de fenêtres, de tables, tiroirs ou étagères.

Aksouh n’en renonce pas pour autant à son besoin premier d’un dialogue direct avec une matière résistante. Simultanément il pratique la gravure, soude, abrase le métal selon les procédés inédits qu’il imagine, forgeant lui-même ses outils, se constituant comme un dictionnaire de poinçons aux motifs divers qui se mêleront sur ses plaques. La technique lui permet de détourner en un exercice esthétique les outils et les gestes de son métier et lui donne la possibilité de poursuivre en d’autres moyens que ceux de la peinture la même quête de la lumière. En 1972 et 1974 Aksouh crée aussi deux médailles (Dyade et Flaque) pour la « Monnaie de Paris ».
Aksouh, 2003

A partir des années 1980 sa démarche conduit Aksouh à accommoder de plus près encore sur le flux solaire qui, selon son intensité, colore et décolore les choses. A l’opposé de tout impressionnisme, il ne tente pas de l’extérieur, à partir des instants du réel, d’en capter la variété, mais en construit la variation interne. La pulvérisation des touches va par degrés ajourer sur ses toiles un fourmillement serré de taches et de traits qu’infléchissent de lointains remous. Tout l’être du visible, instable condensation de vibrations, poudroiement de mouvements browniens, n’est plus alors dans la peinture d’Aksouh qu’un précipité furtif de la lumière.

Un retour de la couleur renouvelle plus tard son travail. Tandis que se dissipe la vapeur solaire, ce sont, autour de 2000, des étendues sans horizon, nimbées de nappes bleutées ou ruisselant de floraisons sauvages, qu’Aksouh, en une autre distance, fait survoler.

Aksouh, qui est régulièrement présent au Salon des Réalités Nouvelles, a réalisé de nombreuses expositions en France, à Paris et en province, en Suisse, à Alger et dans le Monde Arabe. Il reçoit en 2007 le premier prix de la biennale des artistes orientaux à Charjah (Émirats arabes unis).

Principales expositions personnelles :
Exposition Aksouh, ADEIAO, Maison des sciences de l’homme, Paris, 2003

1964 : Alger, galerie 54 (Jean Sénac)
1965 : Strasbourg, galerie de la Rive Gauche
1966 : Alger, galerie Pilote (Edmond Charlot)
1969 : Paris, galerie Transposition
1970 : Paris, La Galerie
1972 : Paris, La Galerie
1974 : La Rochelle, galerie Lhote
1975 : Bordeaux, galerie du Fleuve; Villeneuve-sur-Lot, centre culturel; Pau, musée des Beaux-arts
1979 : Amsterdam, galerie Gamma
1980 : Paris, galerie Jacob
1981 : Toulouse, galerie P.J. Meurice
1984 : Paris, inauguration du Centre Culturel Algérien
1988 : Paris, galerie Alix Lemarchand
1989 : Paris, galerie Faris
1990 : Cortaillod (Suisse), galerie Jonas
1991 : Nyon, galerie Fischlin; Paris, Centre Culturel Algérien
1992 : Amsterdam, Kunsthandel M.L. de Boer
1993 : Bruxelles, galerie Tammouz
1994 : Champigny, mairie
1998 : La Ciotat, galerie du Port
2001 : Paris, galerie Deman
2003 : Paris, ADEIAO, Maison des sciences de l’homme; Brie-Comte-Robert, Centre culturel La Fontaine, Hôtel-Dieu
2006 : Paris, galerie Marie Demange
2009 : Paris, ADEIAO, Maison des sciences de l’homme

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